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Expérience de poésie japonaise sur le vif : vivre Masaoka Shiki 正岡子規.

A la fin du 19èmesiècle, Masaoka Shiki fut l’un des grand artisan de la reforme du japonais et du haiku. Sans modifier profondément les règles de cet art, Shiki donna un coup de fraicheur à cette discipline. Fini le style littéraire classique ampoulé et moribond, place au haiku vivant qui relate l’expérience et la description de la scène prise sur le vif. Dans ce contexte lyrique, Shiki cherchait à toujours cerner la réalité au plus prés. D’ailleurs, il peignait avec grande attention les fleurs de son jardin pour percer les secrets du réel.

Provence, été 2018.

Un matin calme de juillet, assis à mon bureau dans le silence, je songeais à mon prochain article. J’hésitais entre différents sujets,quand mon regard se posa hasardeusement sur une vieille photo dépassant légèrement de ma bibliothèque. Piqué d’intérêt, je la pris pour la revoir…

Une rue connue de Yasaka Kamimachi 八坂上町, quartier historique de Kyôto, donnant sur la pagode à cinq niveaux du temple bouddhiste Tô-ji 東寺. Au premier plan, deux femmes de dos en kimono traditionnel.

Epargnée par les bombardements de la deuxième guerre mondiale, Kyôto est authentique et conserve un patrimoine architectural historique d’une grande valeur, contrairement à Tôkyô reconstruite entièrement après guerre. Capitale impériale jadis, Kyôto est en ce sens une fenêtre ouverte sur un lointain passé.

La photo en main, des mots japonais vinrent machinalement en bouche : Kako no isan 過去の遺産, Héritage du passé…

Devant ce beau paysage silencieux, je ressentis ensuite la mélancolie du Japon traditionnel disparu, époque chère au célèbre écrivain Nagaï Kafu 永井荷風. Une deuxième phrase me saisit : Utsukushiki fûkei 美しき風景, Paysage ravissant…

Cette photo me rappela avec une certaine nostalgie la douceur automnale du Japon et ses ambiances chatoyantes. D’une voix lente et grave, une dernière phrase raisonna intérieurement : Aki no Kyôto 秋の京都, Kyôto en automne.

J’avais là, sans le vouloir, un haiku 俳句qui exprimait clairement mon émotion ressentie sur le vif face à cette belle photo.

過去の遺産            Kako no isan                   Héritage du passé

美しき風景            Utsukushiki fûkei             Paysage ravissant

秋の京都                Aki no Kyôto                   Kyôto en automne

Etant dessinateur amateur, j’eus soudainement une envie irrésistible de dessiner cette image. Je ne sais pourquoi d’ailleurs. Des points de fuite, des lignes d’horizon et des blocs apparurent rapidement à ma vue sans crier garde. Une feuille, un crayon HB et une gomme. Porté par une force invisible, le dessin se construisit progressivement sous mes yeux comme par magie. Au fur et à mesure de l’exercice, une grande joie m’envahit. Le dessin terminé à la nuit tombée, satisfait, j’y inscrivais dans un coin mon haiku du matin…

La réunion de ces deux arts, quel bonheur ! 🙂

Je m’interroge donc au sujet de cette joie. Qui sait, peut-être que Shiki éprouvait la même chose ? 

Pascal

 


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