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De retour en France après un bref séjour au Japon, le japonisant est souvent choqué par le manque flagrant d’excuses des Français. Au Japon, en effet, on s’excuse en permanence et avec la victime, on souffre du préjudice causé avec le fameux  « Sumimasen » 「すみません」de service…

En plus du déficit d’excuses, les Français ont une tendance à se défausser en accusant implicitement ou explicitement autrui, avec notamment la fameuse expression : « Mais c’est pas moaaa ! » 🙂 

Dans ces moments de grandes frustrations et de colères intérieures, le Japonisant se retient souvent pour ne pas déboiter la mâchoire de son interlocuteur incorrect et soupire avec nostalgie en repensant au Japon laissé derrière lui : « Mais qu’est-ce que je fais là… Je veux repartir immédiatement. »

Entre nous, qui n’a pas éprouvé ce sentiment à son retour en France après un séjour au Japon ? A travers ces expériences de vies, on en vient souvent à généraliser et à penser que les Japonais s’excusent et prennent la responsabilité de leurs impairs à l’inverse des Français… Ce cheminement mental et de coeur me semble légitime.

Au hasard de mes lectures, je suis tombé récemment sur un livre japonais iconoclaste publié en 2004 aux éditions KÔBUNSHA 光文社. Ecrit par NAKAMASA Masaki 仲正昌樹, ce livre s’intitule : (sic) La connerie du groupe, structure de l’irresponsabilité. 「みんな」のバカ!、無責任になる構造.

Voici donc présenté en substance la ligne directrice de cet ouvrage qui va à l’encontre des idées reçues.

Au Japon, il existe une expression qui permet de se défausser de sa responsabilité et qui semble parfois utilisée. La voici : « Je le fais parce que tout le monde le fait ! » 「みんながやっていることだから・・・」Cette expression de justification digne d’un irresponsable fait suite à une réplique du célèbre KITANO Takeshi, plus connu au Japon sous le nom de BEAT Takeshi, dans les années 80. Que disait la réplique de KITANO ? « Si on traverse en groupe au feu rouge, on n’a pas peur. » 「赤信号みんなで渡れば、怖くない」

Dans un show télévisé à succès, un journaliste poursuivait une personne. Cette dernière avait stationné son vélo dans un espace interdit. La personne masquée par une mosaïque se justifiait bruyamment avec un accent d’Osaka bien trempé : « Pourquoi que moaaaa !? Tout le monde fait pareil na~n !? » 「みんなでやっとることやないか。なんでわしだけに言うんや!」

Bien entendu, il ne s’agit pas d’avoir des préjugés sur les gens d’Osaka, Mais le fait que l’accent d’Osaka soit exposé dans ce contexte de fraude renforce le sentiment de légèreté. « Comme tout le monde le fait, je le fais aussi… », dit finalement l’interviewé en prenant la situation à la légère

Parfois même au Japon, les voitures s’arrêtent car une masse de gens traversent tranquillement au feu rouge. Ces piétons ne semblent pas inquiets outre mesure. En effet, selon NAKASAMA Masaki, le groupe rassure et renforce le sentiment d’impunité.
Si une voiture folle fonçait dans la foule, elle blesserait quelques personnes et tout le monde s’enfuirait en courant. Toutefois, en traversant avec le groupe au feu rouge, les gens ne semblent pas effrayés par l’idée de l’accident potentiel. En d’autres termes, le groupe tendrait à rassurer et à déresponsabiliser l’individu. Ces deux sentiments sont les deux faces d’une même médaille.

En cas d’échec, c’est également bien utile, notamment au moment de rendre des comptes. L’interrogé répondra sans aucun doute : «  Pourquoi que moaaaa ? Tout le monde l’a fait non ?! »

Selon l’auteur de ce livre, à l’inverse de la morale occidentale où l’individu est responsable des risques pris, la structure collectiviste du système japonais tend à déresponsabiliser l’individu qui se défausse naturellement sur le groupe en général.

Désormais, je comprends donc mieux le titre de ce livre. « La connerie du groupe, structure de l’irresponsabilité. » France ou Japon, finalement quand on est pris la main dans le sac, j’ai quand même bien l’impression que sur le fond, l’humain reste humain. Seule la forme change…

J’aimerais simplement que ce point de vue apaise dans une certaine mesure les coeurs en souffrance loin du Japon bien aimé.

Pascal

VLOG :

 

* Mots de vocabulaires tirés du livre :


言い回し : Iimawashi : une tournure, une expression

悪名 : Akumei : mauvais renom

駐輪禁止 > 駐禁 : Chûkin : interdiction de garer

正当化 : Seitôka : une justification

偏見を持つ : Henken o motsu : avoir des préjugés

表裏一体 : Hyôri Ittai : deux faces d’une même médaille

タカをくくる : Taka o kukuru : prendre les choses à la légère

危険を冒す : Kiken o okasu : s’exposer au danger / risque

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